BÉBERT : - (Regardant la pièce) Eh ! Ben dis donc !… Moi, si j’étais le proprio… je virerais la femme de ménage…

Il pose sa tronçonneuse sur la chaise qui se brise aussitôt…

‘Tain ! Ça doit être encore du IKEA, ça !…

Respirant et faisant la grimace…

Alors, ils pioncent, bourrés comme des chameaux dans les escaliers… z’ont pas fait le ménage depuis des lustres… et en plus, ça sent le renfermé… Tu parles de châtelains… (Se dirigeant vers la coulisse côté jardin) Je vais t’aérer un peu tout ça, moi…

Bébert sort côté jardin…On entend le grincement d’une fenêtre qui s’ouvre… les volets qui sont poussés…

BÉBERT : Et çà, par contre c’est pas du K par K !...

La scène est à présent complètement éclairée…

 

Bébert réapparait côté jardin…

(Étirant les bras et respirant à pleins poumons) J’aime quand ça manque pas d’air…

On distingue très bien, à présent, une femme en robe de chambre qui dort en diagonale sur le dessus du lit, tête côté cour…

Bébert revient s’approche du lit… Il la regarde dormir en souriant…

Elle aussi… Elle a fait la bamboula, toute la nuit… et ce matin… (Regardant sa montre) à 14 heures trente… elle pionce encore… (Au public) Moi aussi, dans une prochaine vie, je veux être squatteur…

Il secoue le voilage plein de poussière… et tousse…

(Énervé et agitant une main devant son viage pour faire partir la poussière dans l’air) MAIS COMMENT PEUT-ON VIVRE DANS UN TEL BORDEL ?...

En faisant le tour du lit, il relève tous les voilages… Près du lit, côté jardin, il se penche alors près de la tête de la princesse…

(Criant) HÉ ! HOOOOOO ! MADEMOISEEEEEELLE !…. MADAAAAAAME !… Ah ! Elle en tient une bonne… (Mettant ses mains à sa bouche pour simuler un clairon et joue avec sa bouche la sonnerie du réveil militaire) TUTU TULUTUTU TULUTUTU TULUTUTUUUU TUUUU TUTU TULUTUTU TULUTUTU TULUTUTUUUU TUUUU…

Il se relève perplexe…et la regarde, mains sur les hanches…

Si je ne la voyais pas respirer… j’croirais qu’elle est morte… Alors soit, elle est croisée avec une grosse marmotte, celle-là !… Soit elle me prend pour un con… (Il se baisse pour regarder son visage puis se relève) Vu qu’elle ressemble pas à un rongeur… Elle est même plutôt très jolie… c’est donc la deuxième solution… Elle me prend pour un con…

Il s’abaisse de nouveau vers la jeune fille… la bouche très près de son oreille…

Bon ! Mademoiselle, on arrête de me prendre pour une grosse buse, maintenant, hein ?!… (Criant très fort avec une voix à la Jean-Pierre Coffe) ET ON SE RÉVEILLE, NOM DE DIEU !...

La fille n’a pas bougé d’un poil… Bébert se relève…

(Sautant soudain sur le lit en criant et se frappant la poitrine comme un gorille) HAAAAAAAAAAAAA !... HAAAAAAAAAAA !... (Agitant son doigt vers la jeune fille endormie) AH TU VEUX JOUER AVEC BÉBERT, MA POULE… Eh BIEN, T’ES BIEN TOMBÉE !...

Bébert se met à sauter sur le lit comme sur un trampoline…Le corps de la fille bouge… Le lit grince très fort…

(Sautant et Chantant) UNE POULE SUR UN MUR… QUI PICOTAIT DU PAIN DUR… PICOTI… PICOTA… LÈVE LA PATTE ET PUIS S’EN VA…

Il s’arrête de sauter… un peu fatigué, regarde la princesse en penchant la tête, puis s’assoit sur le lit près d’elle…

Oh ! Putain ! J’suis crevé… Elle m’a tué, elle !… (Bébert regarde avec un air tendre la jeune fille qui dort toujours paisiblement) Elle est vraiment belle, ma p’tite marmotte… (Angoissé et se levant soudainement) Elle est peut-être dans un coma éthylique ?!… (S’agitant) Qu’est-ce qu’il faut que je fasse ?… C’est que j’suis pas secouriste, moi… J’suis élagueur… Calme-toi, mon Bébert !... Respire (Inspirant fortement faisant une pause et expirant longuement en fermant les yeux)… Allez zeeeen !... (Tapant dans ses mains… et se levant) J’appelle les secours… Ben oui ! J’appelle les secours… C’est aussi simple que ça…

Heureux, Il sort un téléphone portable de sa salopette… compose le numéro… le porte à l’oreille… puis le regarde à nouveau…

Pas de réseau… (Très déçu) Génial !!!...

Il jette le téléphone sur le lit… et se rassoit à côté de la jeune fille… se met la tête dans les mains… puis la regarde… sourit…

Bon ! Eh bien, moi, j’vois plus que la bonne vieille méthode… (Dialoguant avec lui-même) Cette jeune fille est en danger, Bébert !… Tu dois la ranimer… et si tu ne le fais pas, je te poursuivrai pour non-assistance à personne en danger…Ah ! Ben alors, dans ce cas-là, je me sacrifie…

Écrire une pièce, c’est le plus souvent créer des personnages fictifs… composer leur personnalités avec un peu de soi… de personnes que l’on connaît… ou que l’on aimerait connaître… et c’est, il faut l’avouer, on ne peut plus jouissif.... surtout lorsque vous avez donné vie à plusieurs personnages… et qu’au fur et à mesure des lignes, vous les connaissez de mieux en mieux… Il arrive en fait, un moment où l’on est presque en roue libre… Je veux dire par là, que les personnages interagissent tout seuls comme des grands… les répliques naissent sans effort… et l’auteur n’est plus alors, qu’un voyeur/auditeur...

C’est ce que je vis actuellement avec Bébert et la Princesse.

Lorsque l’on me demande un texte, je ne peux m’empêcher de le relire avant de le communiquer… et comme il y a souvent une distance au niveau du temps… je ne me souviens plus bien de lui... et aussi, suis plus objectif que lors de la phase de finalisation... Du coup, le corrige à nouveau, un peu.

Il y a aussi un plaisir… celui de retrouver ses personnages qui sont comme de vieux amis que l’on a pas vus depuis longtemps… et quelques fois l’on se dit que l’on aimerait bien les revoir, un peu plus longtemps… qu’un sketch c'est un peu trop court… et qu’en fait, on devrait les gâter un peu plus… leur consacrer toute une pièce.

On entend le bruit de tronçonneuse... avec des arrêts suivis de chutes d’arbres…le bruit est d’abord dans le lointain… puis il se rapproche...

LUMIÈRE

Sur la scène, se trouve un lit ancien à baldaquin avec des voilages vaporeux et de la poussière et des toiles d’araignées… Une femme y dort...

À côté du lit, côté cour, se trouve un fuseau poussiéreux et plein de toiles d’araignées… Sur lui est posée une robe de princesse tâchée de sang...

À côté du fuseau, côté cour, une chaise dans le même état…. Poussière et toiles d’araignées…

Le bruit de la tronçonneuse est toujours présent et même très fort… Soudain, il s’arrête… On entend un arbre chuter...

BÉBERT (VOIX OFF) : - Ah ! Merde !... Saloperie d’arbre !...

On entend un verrou s’actionner… puis une porte massive s’ouvrir… quelqu’un qui monte un escalier … puis s’arrête...

BÉBERT (VOIX OFF) : - (Criant) HÉ HO !... Y A QUELQU’UN, ICI ?...

Les pas reprennent… puis on entend une lourde chute avec un cri...

BÉBERT (VOIX OFF) : - (Haussant le ton) AH MERDE ! DÉCIDÉMENT C’EST PAS MA JOURNÉE… MAIS QU’EST-CE QUE TU FOUS LÀ, TOIIII ?… HÉ ! HO ! TOIIII ! Réveille-toi quand je te parle ?! … Ah ! Il en tient une bien bonne, le bougre !...

Les pas reprennent…

Ça fait des fêtes… Ça picole et puis ça vient pioncer dans les escaliers … Ah ! J’vous jure les gens...

Côté cour, entre alors un homme en salopette verte et sale, des brindilles dans les cheveux… Il porte une grosse tronçonneuse.

BÉBERT : - (Regardant la pièce) Eh ! Ben dis donc !… Moi, si j’étais le proprio… je virerais la femme de ménage...

Il pose sa tronçonneuse sur la chaise qui se brise aussitôt...

BÉBERT : - ‘Tain ! Ça doit être encore du IKEA, ça !...

L’inspiration est vraiment partout pour les humoristes… Le simple fait d’avoir relu sur Internet le conte de la belle au bois dormant… qui n’est pas du tout une histoire à dormir debout… a fait naître chez moi de nouveaux personnages déjantés.

Je m’étais dit au départ que j’en tirerai un sketch… mais je crois, tout « conte » fait, que je vais en faire une pièce en trois actes.

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